12/14/2007

Garda

À chaque fois que je les vois, ces deux là, je remarque leur arme à leur ceinture. C'est juste plus fort que moi. Veste pare-balles, un gun à la taille, il me semble qu'avec de tels objets sur toi, t'as comme pas le choix d'avoir l'air hot.

C'est ce qui me fascine le plus chez ces hommes qui vont de guichet en guichet récupérer du cash. Cette attitude et cette démarche si uniques. Ils sortent de leur camion, tranquilles mais aux aguets, juste au cas où un imbécile sortirait de nulle part et essayerait de leur voler l'argent, d'en prendre un en otage ou tout simplement d'en attaquer un d'une quelconque manière.

Sans aucune raison, juste pour le fun, j'imagine souvent une scène semblable, dans laquelle je serais évidemment invincible. Caché au bon endroit, je pourrais tout voir. Remarquer comment les deux polices réagiraient, comment l'auteur du crime s'y prendrait, comment les gens autour se mettraient à capoter. Et puis moi, au beau milieu de cette situation complètement surréaliste, surgissant de ma planque, je réussirais à appréhender le méchant d'une technique remarquable.

Ensuite, des gens m'aborderaient d'abord pour me féliciter, ensuite pour me dire qu'ils m'admirent, que je suis leur idole. Et puis, le lendemain, à la une du journal, ma face fendante, confiante et sympathique juste à côté du grand titre "Quel courage!". Les journalistes fusant de toutes parts, leurs micros tout près de ma bouche, me demandant de commenter mon exploit. Et moi de dire que je n'ai fait que mon devoir de citoyen.

Et le summum : des gens qui, dorénavant, me reconnaissent sur la rue ou sur les trottoirs.

- Est-ce que c'est vous qui...?
- Ouais, c'est moi!
- Bien bravo! C'est vraiment impressionnant, ce que vous avez fait.

Je le sais bien, que c'est impressionnant. Mais je sais aussi que si, un beau jour (ou plutôt un mauvais...), un événement de la sorte se produit, "feluette" comme je suis, je vais être le premier à paniquer comme une dinde pas de tête, me mettre à pleurer et demander ma maman.

Mais juste pour le fun, tsé. Parce que c'est cool, des fois, de s'imaginer les scénarios les plus incroyables...

12/09/2007

Présentation

Pas très inspiré, ce soir, alors je vous file ce petit texte de présentation demandé par nul autre que le rédacteur en chef de l'Intercom.

Bonjour ou salut, c’est selon… Étienne, 21 ans, vient de la région de Lanaudière. Assez souvent débridé, sérieux à l’occasion. De sources sûres, excellent blagueur et blogueur d’enfer. Mange, boit, dort, urine et va à la selle, un peu comme tout le monde, quoi…Aussitôt atterri en communication publique, j’ai cru bon de m’intégrer de façon très raisonnable, sans accommodements, à la belle équipe de l’Intercom. Outre l’extrême liberté qui nous est offerte au sein du journal, il y a les rencontres avec d’autres passionnés du crayon (ou plutôt du clavier…) J’espère bien poursuivre pendant des années à vous transmettre ces idées qui chevauchent mes neurones. Ah oui, tant qu’à y être, Noël s’en vient, alors, en primeur, en exclusivité, LE scoop que trop peu de gens savent : le vieux barbu sur son traîneau n’existe pas! Et puis on n’abuse pas du chocolat, histoire de pouvoir remettre les mêmes pantalons en janvier… Bonnes fêtes (ben pas dans le sens d’anniversaires, là…)

Même pas eu besoin de le retaper : j'ai juste eu à faire copier/coller.

12/06/2007

Question de survie

Voilà, voilà. Enfin, enfin. Finalement, finalement...

Je vais la voir. Elle va me voir. Plus précisément, on va se revoir. L'amour va renaître de façon plus palpable, mettons.

Comment j'ai survécu? Je me le demande encore. Je ne sais pas trop. Je pensais qu'après un mois, vers le début du mois d'octobre, j'allais oublier un peu, que j'allais faire comme si tout était normal. Ce ne fut pas le cas. Constamment, de petites pensées. C'était soit quelque chose que je voyais qui me faisait penser à elle, comme les petits rubans de tape blanc, identifiant contenants de plastique (gruau, couscous, riz, etc.), qu'elle a généreusement écrits. Son toutou qui m'a suivi durant tout le périple stationnaire.

Plus que tout, je dois dire que la musique m'a bien supporté.

Durant ces trois mois d'absence, j'ai gardé dans mon auto des albums qui se trouvaient dans mon lecteur lorsqu'elle est partie. En char, je me rappelais tout le temps de beaux souvenirs.

Get Behind Me Satan, de The White Stripes. Le disque n'a pas arrêté de tourner lors de notre escapade au camping de Shawinigan.

Chemical City, de Sam Roberts. J'écoutais ça la première fois que je suis allé chez elle, à La Plaine. Dans le tapis pour ma chérie!

(What's the story) Morning Glory?, de Oasis. Cd qu'elle aime bien mais les tounes se ressemblent un peu. Elle a un peu raison. Je saute moi-même quelques pistes. Reste qu'on fredonnait tous les deux les paroles quand jouait la pièce Wonderwall.

Plus que quelques heures...

Un cousin m'a demandé il y a un mois à peu près si je commençais à m'ennuyer. J'ai commencé à m'ennuyer une semaine après qu'elle soit partie.

Je discutais de cela avec des collègues de bacc féminines. Elles m'ont demandé la même chose, si je m'ennuyais. Bien évidemment. L'une d'entre elles m'a parlé d'une certaine crainte.

-T'as pas peur? Il me semble que moi, si ça m'arriverait, j'aurais peur un peu. Je me demanderais s'il m'aime encore...

-Non, du tout.

-C'est vrai que moi, j'ai pas tellement confiance en moi de toute façon...

-Moi non plus, pas vraiment... Mais j'ai confiance en nous...

J'ai eu droit à des "Ooooonnnnn" de la part des trois filles, signe que ce que je venais de dire, c'était cute à mort.

12/02/2007

Jour J

J'avais tout visualisé dans ma tête. C'était en moi depuis des centaines de milliers de minutes et ça m'habitait, littéralement. J'avais tout prévu. J'avais trop hâte. Je ne comptais plus les dodos, il n'en restait plus qu'un. J'avais appelé ça le jour J.

J pour Judy.
J pour Je t'aime.

C'était planifié depuis des lunes. J'allais enfiler de belles jeans fraîchement lavées, mon chandail préféré (le sien aussi), par-dessus, une belle veste dont elle a déjà dit qu'elle avait "de la gueule". Menton, joues et autres surfaces environnantes fraîchement rasées, cheveux légèrement redressés et petit crème à mains appliquée : sans aucun doute, j'allais être le plus bel homme sur cette terre.

À l'aéroport, ma pancarte à bouts de bras dans les airs, le coeur qui palpite, mes yeux scrutant l'horizon à la recherche de celle qui, par son sourire radieux, allait me donner une joie si immense, allait sûrement me faire pleurer aussi. Il fallait bien que je me le répète pour y croire : dans quelques minutes, j'allais poser mes lèvres sur celles de la plus belle fille du monde.

Et puis, cet appel en après-midi...

Quand j'ai décroché le combiné, sachant que j'allais parlé à maman Beauté, je croyais bien qu'elle retournait mon appel pour me confirmer le tout. Je peux arriver chez eux à telle heure, on jase un peu et puis on fly pour l'aéroport. Mais ce n'était pas tout à fait ça.

- Allô!
- Oui, est-ce que je pourrais parler à Étienne, s'il-vous-plaît?
- C'est moi.
- Tu m'aimeras pas, Étienne.
- Ah non, pas sérieuse.
- Oui.

Ostie!

C'est le seul mot qui me vient en tête, malheureusement. Le jour J que je m'étais imaginé depuis tant de journées n'aura pas lieu comme prévu. Il sera en fait retardé de plusieurs heures.

Madame avait fait une erreur en me disant que ma chérie arriverait dans la nuit de lundi à mardi. C'est plutôt vingt-quatre heures plus tard que Beauté va atterrir à Montréal, chamboulant ainsi tous mes plans de même que mon esprit. Parce que je pourrai pas être là ce soir-là.

Inutile de le dire, je suis extrêmement déçu. Frustré aussi, bien évidemment.

Ostie, comme je disais.

11/30/2007

Thumb up

Ce matin, en chemin vers St-Félix, j'ai aperçu un monsieur sur le bord de l'autoroute. Il avait le pouce en l'air. Je ne l'ai pas embarqué.

Je n'ai jamais osé embarquer un pouceux avec moi, dans mon auto. Sûrement par prudence d'abord. Pourtant, quand j'ai vu le monsieur, j'y ai pensé quelques secondes, le temps que mon automobile soit déjà à une centaine de mètres de lui.

Le gars n'avait pas des airs de tueur ni d'agresseur quelconque. À mon avis, il avait simplement besoin d'aide. J'aurais pu l'aider. J'aurais pu arrêter mon auto et le laisser monter, c'est vrai. Après tout, quels sont les risques? Je veux dire, il n'y a pas vraiment beaucoup de chances que la personne ait de mauvaises intentions. Mais il y en a.

Et là, t'es pas mal cuit. Encore plus si t'es tout seul. Il aurait pu sortir un couteau ou je ne sais quoi et me menacer. Je me serais alors retrouvé dans une sale situation, regrettant à mort de l'avoir embarqué. Alors je n'ai pas pris de chance.

En fait, ce n'est pas tout à fait ça. J'aurais pu l'embarquer : il y avait de la place. Mais non, pas le temps, ou trop pressé, ou ça ne me tentait pas. Voilà mes vraies excuses, si insignifiantes et égocentriques soient-elles.

J'espère juste que monsieur, s'il nécessitait vraiment de l'aide, s'est rendu à destination grâce à une bonne âme légèrement naïve ou un peu inconsciente du danger.

11/28/2007

Bonhomme, bonhomme

Je ne sais pas pour vous mais moi, être à sa place et me faire appeler constamment afin d'apparaître, tout en blanc, ne serait-ce que quelques secondes, pour permettre à des gens qui me sont totalement inconnus de traverser une rue, je me tannerais vraiment à la longue...

11/27/2007

Jus de bottes

Il peut arriver, dans le monde dans lequel on vit présentement, de se demander comment on pourrait laisser notre marque parmi notre entourage. Ne cherchez plus!

Du moins, dans mon cas, c'est réglé. Je vais à la bibliothèque presque tous les jours. Depuis qu'il y a des tapis blancs dehors, je me déplace en bottes plutôt qu'en souliers. Et je m'assois sur la même chaise à chaque occasion.

La neige sous mes maisons de pieds fond et de l'eau se répand sur le sol du bâtiment. Et cette semaine, sur ce même plancher, mon empreinte de jus de bottes est claire et nette.

Voilà qui est fait.

11/26/2007

Bravo!

J'aimerais, ce soir, me féliciter farouchement pour avoir accompli quelque chose de fort remarquable en ce qui me concerne. Oui, mes amis, vous le savez peut-être : je n'ai pas succombé une seconde à la tentation d'écouter la quatrième saison d'Occupation Double. C'est fou : je n'ai pas écouté une seule émission! Mes parents, eux, pourraient tout me raconter, mais moi, un gros zéro.

Pourtant, à peine un an auparavant, j'avais les deux globules rivés à l'écran à l'occasion de la troisième saison. Je connaissais tous les concurrents et les concurrentes, des plus cons aux plus belles. C'était vraiment la frénésie totale, je ne me tenais plus debout quand c'était le moment d'OD à la télé. Le lendemain, j'en jasais avec des collègues féminines à l'université. La veille, on s'était promis de ne pas en manquer une seconde. J'y allais de mes opinions et de mes commentaires. Les filles faisaient de même. On s'emportait à l'occasion. Bref, c'était du sérieux. On avait tous nos préférés et préférées. J'allais même jusqu'à consacrer de mon précieux temps pour aller sur le site Web de l'émission et consulter les fiches des pétards concernés. Sans compter le visionnement des vidéos gratuites. J'aurais pu devenir membre VIP, mais il fallait payer, et je me suis dit que jamais je ne rabaisserai à un tel niveau d'incompétence.

N'empêche, j'avais un étonnant plaisir à voir comment vivait la gang dans leurs deux somptueuses maisons ou à partir quelques jours vers des destinations sublimes. J'étais devenu un gros accro, entièrement assumé en plus. J'étais dans le jeu à pleine tête, constatant stratégies, attachements et rapprochements. À chaque pause publicitaire, je me levais de ma chaise, question de me relâcher et de respirer par le nez après tant de suspense, d'emballement et de fébrilité. Je m'étais aussi grandement attaché à ces quelques individus qui, dans tout ce contexte social de compétition et d'imprévus, cherchaient à vivre une expérience des plus réjouissantes. D'une certaine façon, je les aimais, les admirais peut-être. En tout cas, certes, ils étaient beaux. Ils m'avaient sans aucun doute séduit.

Il faut dire que c'est dangereux, ce genre d'émissions-là. T'écoutes la première version et aussitôt, même si tu ne crois pas mordre, tu gobes l'hameçon à belle dent. Avec toutes les conséquences que ça peut amener. Il est fort probable que certaines gens, des individus qui ne connaissaient personnellement aucun des candidats participant, aient dépensé de leurs sous pour encourager tel ou tel candidat de l'émission. Je continue de croire que c'est parfaitement stupide, qu'il y a des choses beaucoup plus intéressantes dans la vie que de se vider les poches pour alimenter une telle industrie.

Ce matin, j'ai appris sur Cyberpresse que la saison s'était terminée hier. Ah ben, tiens, c'est fini. Je ne l'ai même pas vu passer, celle-là. Chose bine a choisi madame plutôt que l'autre garce. Bravo! La photo les montrait en train de s'embrasser. Je leur souhaite bonne chance malgré tout. Je reste toutefois sceptique par rapport à cet amour un tantinet arrangé, il faut bien le dire.

Le pire, c'est qu'avant que cette quatrième saison débute, je croyais bien y attarder un certain oeil. Je m'étais même dit que ça m'occuperait un peu en attendant que Beauté revienne de l'Équateur. Que ça me ferait quelque chose à suivre avec attention. Mais non! Pas du tout. Trop occupé à vivre ma vie au lieu de suivre celles des autres. À écouter des émissions plus intelligentes et imaginatives que ces téléréalités. Tout le monde en parle, Il va y avoir du sport, Les Francs-tireurs et C.A. ont très bien fait leur travail de substitution télévisuelle. Et puis, bien franchement, je ne crois pas avoir manqué quelque chose de grandiose.

Justement, sur Cyberpresse :

Question du jour : Avez-vous apprécié la finale d'Occupation Double hier soir?
  • Oui
  • Non
  • Je n'écoute pas Occupation Double
Avec fierté, j'ai choisi la dernière option.

Sauf que qui sait, peut-être un jour vais-je retomber dans cet enfer incroyablement traître que peut être OD.

11/25/2007

Petit parcours d'un grand comique

On le connaît tous. C’est notre préféré, notre « chouchou ». Une inspiration pour certains, une idole pour d’autres. En lançant son dixième disque, tout continent confondu, François Pérusse confirme une fois de plus une production qui ne semble pas avoir de limites. Offrant un contenu plus cinglant, plus audacieux selon les dires de son créateur, le tome 7 de l’Album du peuple est atterri dans les magasins le 12 novembre dernier.

Tout commence avec un précieux magnétophone, appareil qui lui permet de faire ses premières découvertes auditives. Peu de temps après, c’est grâce à son frère Marc que François touche à la musique d’un peu plus près. En effet, Marc, aujourd’hui musicien et réalisateur d’albums, lui offre une basse. Il invite aussi son cadet à se joindre à son groupe musical. Plus tard, François joue auprès de Jean Leloup et Luc De Larochellière, entre autres. Il s’initie également à la radio, sur les ondes de CKRL, la radio communautaire de Québec. Déjà là, il déconne.

En 1990, à la suite d’une publicité radio portant sur la chanson Sauvez mon âme de Luc De Larochellière, il décroche une participation à Y’é trop d’ bonne heure, émission matinale sur les ondes de CKOI-FM. C’est sur ces ondes que naissent les fameuses Deux minutes du peuple. Un an plus tard, il fait ses débuts à la télévision à Musique Plus et lance, sans le rattraper, son premier tome de l’Album du peuple en 1991.

Les apparitions s’enchaînent. À la télévision, en compagnie des Bleu Poudre à l’émission Taquinons la planète, ainsi qu’à la radio, toujours à CKOI. En 1996, Pérusse se voit offrir la France. Entre-temps, d’autres albums du peuple voient le jour. À l’aube du vingtième siècle, Pérusse s’attaque plus précisément à la télé avec le JourNul (qui deviendra plus tard On s’écoute parler), journal télévisé s’attardant de façon comique à l’actualité. Ses deux minutes sont également adaptées à la télé.

D’autres pays s’intéressent désormais aux capsules de François. La Belgique, puis, plus tard, la Suisse, diffusent ses créations. En outre, François conçoit deux albums destinés au peuple français, dits « made for France ».

En 2006, il réalise un de ses rêves les plus chers. Dominic Champagne, metteur en scène du spectacle Love, méga production du Cirque du Soleil sur les Beatles, lui demande de faire des montages audio des conversations des membres du célèbre groupe britannique. Pérusse s’envole ainsi pour Las Vegas afin de concevoir les dialogues entre les membres du groupe qui l’a fait rêver dès sa tendre enfance.

Cette année, outre ses 2 minutes du peuple sur le réseau Énergie à la radio, il continue de créer des pubs pour Oasis en France ainsi que des sonneries de téléphones pour Rogers. Bref, le gars est pas mal occupé.

Vous l’aurez compris, sa carrière se résume à peu près en un seul mot : succès. En tout, jusqu’à présent, notre cher comique natif de Québec a récolté plus d’une trentaine de prix ou distinctions pour l’ensemble de son œuvre (albums, pubs, séries télé, capsules, etc.)

Tête folle, toujours en train de penser, il lui arrive quand même de sortir de sa bulle par moments. Fidèle à ses six pieds un pouce, fort de ses dix-sept ans de carrière et aujourd’hui âgé de quarante-sept ans, François aurait bien pu s’asseoir sur ses lauriers après tant de succès. Mais il ne l’a pas fait. Maintenant père de famille, il préfère encore demeurer à l’abri des caméras et s’affairer à ses projets, solitaire, dans son coin, livrant capsule par-dessus capsule. Ses personnages tous plus débridés les uns que les autres offrent, à chaque écoute, un moment de plaisir, voire de jouissance, qu’aucun objet sexuel ne peut égaler!

Tes folies, on les veut encore, encore et encore…

Merci François!


Un fan incorruptible

11/23/2007

Le bal (Dernière partie)

Suite et fin pour cousine Valérie, entre autres. Première partie ici. Deuxième ici.

Maintenant, c'est l'attente d'une réponse. La proposition lancée, on laisse aller les choses.

Alors qu'elle et sa gang s'installaient à une table, je l'ai vu, elle en a parlé à ses copines. En résulte des chuchotement coquins, mais il m'est difficile de me prononcer sur leur nature exacte.

Le cours débute au même moment. L'enseignante, au visage radieux et plutôt filiforme, demande avant tout le silence. Elle nous remet les consignes pour un travail à remettre dans deux semaines. Au diable le travail : je n'en ai que pour les réactions des filles. Qu'est-ce qu'elles pensent? Qu'est-ce qu'elle pense, elle? Il est évident que ça doit immanquablement lui trotter dans la tête. Jamais je ne croirais qu'une personne qui se fait inviter gentiment par un garçon si sympathique ne soit pas le moindrement ébranlée.

Du temps, du temps. Malheureusement, je n'ai jamais réussi à accélérer la chose en question. Alors j'attends. Et j'angoisse un peu. Peut-être se dit-elle que ce serait mieux de ne pas donner suite à ma demande?

Mais qu'est-ce qui me prend! Non, jamais quelqu'un n'oserait agir d'une telle façon. Il s'agirait en effet d'un incroyable manque de principes. Quelques choix s'offrent tout de même à elle : un non, un non avec raison ou simplement une raison sans vraiment faire sortir le mot de trois lettres de sa bouche. Ou mieux, un oui...

Le lendemain, avant de prendre l'autobus, elle réussit à m'apostropher.

- Ben... je pense que je vais y aller toute seule finalement. Merci de l'invitation quand même.
- C'est correct...

"C'est correct". Elle avait bien vu que j'y avais mis toutes mes énergies. Ça l'avait sûrement un peu impressionnée de voir un gars si timide et habituellement très tranquille se manifester de la sorte.

Aucune victoire, un revers. Fiche de 0-1, donc. Mais ce n'est pas grave. Elle m'a secoué. Et par conséquent, cet élan qu'il me fallait pour aller voir chez d'autres. Et demain, après une tentative infructueuse, le tout jeune prédateur que je suis va s'essayer à nouveau.

Je me sens déjà plus à l'aise. Du monde, c'est du monde après tout. Que ce soit une délicieuse demoiselle ou un vieux croûton pas rasé depuis des mois, ça demeure une personne, merde. Et puis, à ce que je sache, j'ai une langue, une bouche et je suis capable de l'ouvrir et de prononcer des mots. Alors il ne devrait pas y avoir de problème.

Le lendemain, sur l'heure de dîner, la cible est en vue. Je l'examine d'un oeil vigilant. Elle s'apprête à aller boire de l'eau à la fontaine. À son retour, j'ai bien calculé, ce sera le moment. Les gorgées avalées, elle s'approche de la rangée de casiers avant de se faufiler dans une allée. Alors qu'elle a les mains sur son cadenas, je fais irruption.

- Salut...
- Salut.
- Euh Tu vas-tu avec quelqu'un au bal de fin d'année?
- Non.
- Non... ben... ça te tenterait d'y aller avec moi?
- Je vais voir.
- Okay. Alors on s'en reparle?
- C'est ça.

Puis je m'éloigne. Pas très gagnant à date, mais bon, un gars s'essaye.

Le lendemain :

- J'y ai pensé et je pense peut-être que, ouais finalement, j'aimerais mieux y aller toute seule, finalement.
- C'est beau. Je comprends.

0 en 2. Elle replace délicatement une couette frisée derrière son oreille droite. Je ne sais pas quoi faire ni comment agir. Je me retourne et m'éloigne tranquillement. Elle pense peut-être qu'elle m'a déçu. Je ne saurais dire moi-même si je le suis. À bien y penser, oui, un peu. Je m'y suis pris trop tard, je crois.

Une immense sensation de rabaissement m'afflige. C'est confirmé : je ne vaux pas grand chose. Je suis inintéressant, démuni d'attention féminine. Et seul. Deux échecs : le défi n'est pas relevé. J'abandonne. Je ne pourrais point en supporter un troisième.

Le pire dans tout ça, c'est que la soirée du bal, la première conquête était accompagnée. Et que l'autre a fini la soirée dans les bras, et sur les lèvres, d'un camarade de classe.

Ouch! Une bonne taloche, ça...

Je n'en veux pas une seconde aux filles.

Sauf que pour l'instant, je pense sincèrement déclarer forfait avant même de commencer des parties. D'ici quelques années, quand j'aurai fait le point sur moi-même, mais seulement à ce moment-là, je me remettrai au jeu.